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Publié par Adrien Delassus

Voici un petit précis sur la politique mise en place envers les grands exclus et les lieux dans lesquels ils sont acceuillis.
 
1 Diversification du public accueilli
 

Le système de l’hébergement d'urgence est confronté à  une diversification de son public, parce qu'il est le réceptacle, par défaut, et qu'il pallie le manque de structures adaptées à d'autres problématiques.
Les sdfs accueillis sont de moins en moins des "clochards" mais de plus en plus les populations citées ci-après :
Les sortants de prison,
Les personnes en convalescence après de lourdes opérations chirurgicales

Des personnes migrantes, qui attendent une réponse de l'institution à  leur demande de régularisation,
Des personnes en souffrance psychique, qui sortent de cure ou de maison de repos.

Des personnes qui travaillent mais sont exclus du marché du  logement devenu inaccessible.
Des jeunes majeurs qui ont rompu tout lien avec leur famille, ou  qui  sortent des foyers de l'ASE ( aide sociale à  l'enfance)
Des personnes en situation de handicap qui n'ont pas de place en structure adaptée
 
Cette diversification  des publics, conduit à  gentrifier la population accueillie dans les structures d'urgences, et à rendre plus difficile le travail avec les populations les désaffiliées, que nous qualifions des "plus cassées". Car avec leur "odeur", leur déconnexion par rapport au monde réel, l'anormalisation du lien avec les autres, ils dérangent les autres populations désormais accueillies dans les structures qui leur étaient pourtant dédiées.
 
2- La gentrification et l'engorgement du dispositif de réinsertion sociale est intensifié par  un marché de l'immobilier  locatif déconnecté et dérégulé
 
Cette gentrification  s'est intensifiée avec la "politique du logement d'abord" mise en place  suite au mouvement du canal St Martin de 2006. Cette politique était anachronique, car elle admettait une priorité alors qu'on ne réorganisait pas le système et le marché du logement. Cela a conduit à ce que dés la "seconde étape" dans le processus de relogement, on requiert des conditions de revenus et d'intégration telles que le marché déconnecté le demande. Ce qui écartait de fait, l'ensemble des populations en dessous du SMIC. C'est à dire la quasi totalité des publics, ci dessus cités.
 Le système des structures adaptés au logement est engorgé, et ce jusqu'au plus bas seuil.
Si le DALO, est légitime, il est abscon dans un marché locatif du logement en décalage. Quand le marché privé,  demande l'équivalent du Smic pour un 2 pièces, l'encombrement de système d'insertion qui conduit à reinsérer des personnes dans des boulots payés au smic, est normal, et est malheureusement  durable.
 
La loi alur, va mettre plusieurs années à  produire ses effets. Et on peut constater, rien  qu'en regardant les annonces sur les sites "Particuliers à  Particuliers", le "boncoin" ou se loger.com, qui sont désormais les moyens de transactions officiels dans le "marché du logement locatif" que les prix au m² sont largement au dessus des prix encadrés, notamment pour les studios. La mise en place d'une plate forme publique du type "pole emploi" pour chercher un logement devrait être mise en place pour garantir le respect de l'encadrement des loyers.

 
3 Un investissement conséquent et constant de la puissance publique longtemps sans contrôle ou quand la misére est gérée en délégation de service public
 
On loue les associations combattives, souvent issue de différentes tissus confessionnels, ou de mouvements citoyens portés par des figures tutélaires. Et si je peux assurer du militantisme et du dévouement de l'ensemble des salariés et bénévoles, ceux ci sont confrontés à  la logique libérale de leurs gestionnaires ou commanditaires.
Le système économique de l'assistance sociale suit la logique de celui du médical. Où les différentes associations sont payées à l'acte, au nombre de nuitées, de soupes distribuées, de personnes accueillies etc. Sauf que comme dans le secteur médical, l'important est le rétablissement social et citoyen ( ou l'intégration pour un migrant) d'un individu, peut importe le temps que cela prend.

Avec la mise en place du SIAO,  le service intégré d’accueil et d'orientation, qui a été mis en place en Ile de France en 2010/2011 la préfecture, et le service déconcentré de l 'etat ; la DHRIL a repris la gestion des places du dispositif : la quasi totalité des places d’hébergement est gérée par le siao, auquel les différentes structures sont tenues d'envoyer les effectifs. Les structures sont réparties en 2 sous-groupes :  le "SIAO urgence", et le "SIAO insertion". Le premier regroupe une grande partie des places qui étaient dévolues quasi excluivement au samu social. Le second toutes les autres structures intermédiaires qui conduisent au logement autonome.
Cela permet une plus grande fluidité, mais cela ne répond à  la problématique du manque de place soulevée précédemment.
Par ailleurs,  les contrôles sur la gestion des structures, sont trop peu nombreux. Que ce soit sur les conditions d'accueil, celle de l'encadrement, mais aussi du fonctionnement pratiques des hébergements.
 
Cette reprise en main par la collectivité s'est aussi manifestée par la rénovation de la quasi totalité des grands centres d'hébergement et de nombreux lieux d'accueil (esi), impulsé par la loi 2002 2 et la loi sur l'accessibilité de 2005. Ainsi Pereire, La Mie de Pain, la Peniche du coeur, Nanterre, l'arche de l'avenir , l'agora, l'esi Bouret,  ou Louvel Tessier. Reste une horreur : la Boulangerie, qui est une ancienne caserne, à  la porte Poissonnière.
4 Répondre à  l'exclusion sociale  en adoptant les méthodes de la "prévention spécialisée" et de la politique réduction des risques : en aval  lutter contre l' éparpillement des personnes en regroupant les services dans le meme lieu et développer la prévention de l'exclusion en amont
 
Développée dans les années 1990 et 2000 pour lutter contre la flambée du VIH  et toutes les maladies transmises par intraveineuse la politique de réduction des risques a consisté à monter les dispositifs en partant du quotidien de vies de personnes sous addiction endiguer l'épidemie. 
La vie à la rue conduit à l’éparpillement. Pour couvrir les besoins primaires, les grands exclus sont soit toujours en mouvement. C'est aussi l'addiction qui est motrice de tous ces déplacements. Car même si l'ethilisation est facile, et peu onéreuse, il faut néanmoins faire la manche pour se procurer les 30cts qui vont payer les bières fortes et c'est pire pour les autres addictions.
Il faut donc développer le regroupement des services qui permettront aux sdfs de se recentrer, de trouver des relais pour les différentes problématiques auxquels ils sont confrontés. Des lieux pluridisciplinaires et mieux répartis sur le territoire de Paris, notamment dans sa partie ouest. Des lieux qui soient ouverts à d'autres publics, y compris la nuit et les jours fériés.
 
La seule véritable urgence, c'est de ne pas laisser un individu "s'installer" dans la rue. Au bout d'un mois, c'est quasiment plié. Il est donc impératif de mettre en place une politique de prévention  notamment pour les salariés ou étudiants qui peuvent subir une crise personnelle subite. 
La politique de prévention doit se révéler par une adaptation des horaires du CASVP, par la possibilité d'obtenir des aides par internet. Ca peut être aussi, la mise en place de prét à taux zero pour des imprévus sociaux.
La prévention ça passe aussi par la lutte contre la solitude, et l'isolement social. En développant des lieux de rencontres, de solidarités, d'échanges à tout moment de la journée, et donc meme la nuit, on développe le matelas de sécurité que représente le réseau  social, d'afinité et personnel. La prévention ça passe aussi par le chèque énergie, qui est un des axes fort de la Fondation Abbé Pierre.
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