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Publié par Adrien Delassus

Les conflits et les dissensions marquent le mouvement écologiste depuis sa naissance. Même si c'est tout aussi vrai pour les autres familles politiques, il est plus difficile de voir son propre courant de pensée, pourtant porteur des vraies solutions se déchirer autant, et aussi fréquemment.

1ere raison de ces troubles actuels: le départ des ministres du gouvernement Valls 1 n'a pas été assez concerté. Les anciens ministres ont décidé sans en discuter avec les autres interlocuteurs. Sans évaluer les propositions que pouvaient faire le président ou son premier ministre. Avaient ils le choix ? C'est facile maintenant de dire "oui". Mais c'est à retenir pour les suivantes.

En politique comme dans de nombreux domaines, on ne choisit pas toujours nos partenaires et en l’occurrence, si x ou y ne pouvaient pas participer peut être que w et z pouvaient le faire. Si l'un et l'autre ont commencé un boulot, d'autres auraient pu se porter garants du travail des 1ers notamment dans la version Valls 1 ( avec Montebourg, Hamon, Filipetti).

Bien sûr, il y a le sens de la politique générale, et ce qui était vrai et encore possible il y a 2 ans s'est complétement métamorphosé aujourd'hui, ce qui était possible ne l'est plus, et encore moins depuis 3 mois.

Le système politique pousse des militants à se magnifier au gouvernement ou à d'autres responsabilités, mais ils n'ont pas à décider seuls quand cela engage beaucoup d'autres.

Le problème essentiel n'est pas ces personnes et leurs actes, c'est le système politique absurde, de courte vue dans lequel nous évoluons.

2eme raison La vérité est que ce président n'a jamais pensé être engagé par le contrat de mandature, qui ne l'engageait pas personnellement.

Pour relancer le pays après 10 ans de saccage sarkozyste, ce président a essayé les vieilles recettes de relance par la demande; elles n'ont pas fonctionné. Il essaie désormais la politique de l'offre, pas mieux, car le patronat ne joue pas le jeu. Le système économique est de toute façon englué parce que les systèmes financiers et bancaires sont dans des logiques complétement irrationnelles, en déconnexion quasi totale avec l'économie réelle.

Néanmoins, cette situation économique ne contrevenait pas à entreprendre d'autres réformes beaucoup plus fondamentales et aux conséquences beaucoup plus pérennes : comme la fiscalité, la politique énergétique, la politique sanitaire, l'organisation du système politique ou la simplification administrative et bien-sûr l'urgente et nécessaire politique d'encadrement des loyers. Et ça Cécile Duflot et ses conseillers ont pêché par optimisme en pensant qu'ils l'appliqueraient quand même. Et sur l'encadrement des loyers, on assiste comme dans les autres domaines, à la mise en œuvre de demies-mesures, à des mesurettes plutôt qu'à de vraies solutions progressistes.

3eme raison Les élections départementales et régionales n'ont validé aucune des stratégies électorales pour les écolos: autonomie, alliance avec PS, alliance avec FDG. Pour les régionales ce qui fonctionne dans le Sud-Est ou le Sud Ouest ne marche pas en dans le NPDC, ce qui marche en Ile de France, ne fonctionne pas en Bourgogne.

En fait, ce mouvement écologiste s'est bloqué et s'est fait piégé dans la logique de la 5ème République. République monarchiste et patriarcale qui segmente artificiellement et violemment le corps électoral entre droite et gauche. Avec une professionnalisation et personnalisation de la politique qui annihile toute idée de reforme profonde : un chef, une ligne, garant d'un système qui donne un vrai confort que les individus ont, de naissance, ou quand ils atteignent un certain niveau de responsabilité, de notoriété et d’honorabilité sociale. Système patriarcal et monarchiste qui vit de rentes, plus ou moins grandes et une reproduction sociale inéluctable. Cela se constate dans tous les mouvements politiques qui sont gérés par des familles et peu par des collectifs diversifiés.

Ce système manque de fluidité et laisse une place négligeable à l'innovation sociale, économique, à la liberté de faire différemment. Par ailleurs, il déresponsabilise une grande partie de la population qui délègue à ces familles régnantes, et qui de plus en plus, refuse de prendre part aux décisions générales. Et comme dans l'ensemble du système, les élections internes à EELV ne sont jamais le fruit d'une grande participation de ses adhérents, au maximum 60%.

Vouloir institutionnaliser un mouvement où la philosophie de pensée changerait durablement le fonctionnement de la société l'illégitime pour exercer des responsabilités (trop importantes). Du coup, on pratique la politique comme elle nous est imposée. Contrainte volontaire, puisqu'on veut changer tout de même la façon de faire. Et que le seul moyen de démontrer que ses idées sont réalistes, c'est d’œuvrer dans les institutions. Nous n'avons pas beaucoup de choix, il serait scandaleux de se défausser.

4ème raison Des heureux hasards qui provoquent du désordre : quand l'écologie progresse, le mouvement qui l'incarne se désorganise.

Lorsque l'écologie a progressé et marqué par son succès un scrutin électoral, elle s’était rassemblée puis dépassée. Elle a d'abord réuni les différentes manières de faire de l’écologie, puis elle a été le moyen pour les électeurs de dépasser la segmentation artificielle du système. Quasiment à chaque fois, cela a été considéré comme une surprise, même par ses propres membres. Surprise qui a provoqué une déstabilisation parce que la plupart du mouvement a été soudainement happé dans le jeu institutionnel dont la logique n'est pas écologiste. C'est pour cela, entre autre, que l'expérience de la coopérative écologiste s'est plantée, parce qu'elle se posait en une idée innovante dans un mouvement immature : c’était trop tôt.

Nous arrivons à la fin de l'épisode Europe Ecologie et du 5eme chapitre de l'histoire de l'écologie politique. Nous avons suffisamment analysé le système pour savoir comment le reformer. Nombre de nos hypothèses sont aujourd'hui validées par la réalité, et relayées par de nombreux médias malgré nous, le dernier en date, par exemple, étant le film Demain. Sans compter les nombreuses émissions dans lesquelles nos idées passent, se diffusent, et génèrent du changement, même si on ne peut pas toujours le quantifier.

Comment continuer à avancer ? L'altruisme comme méthode.

Malgré ce qu'on peut dire, les écologistes ont de bonnes intuitions, et un sens profond de l'intérêt général, il leur manque juste l’abnégation pour l'exposer clairement dans le fonctionnement même de leur courant politique. Pour cela il faut diversifier les moyens d'actions et de représentations en ne restant pas dans le stricto-politique pour montrer une ouverture d'esprit altruiste.

Ce fonctionnement doit représenter le bien-fondé de la méthode, de son corpus idéologique, et du sens de la vie universel et très pragmatique qu'il propose. Et pour cela il faut braver les contradictions qui s'imposent à lui parce que le monde tel qu'il est aujourd'hui n'est pas écologiste, même s'il s'écologise (trop) doucement.

Il ne s'agit pas de proposer une révolution, à une société confortable mais plutôt de proposer une régénération, pour que la société se donne de l'oxygène, de l'air en intégrant l'ensemble de ses parties prenantes qui ne s'expriment plus.

On ne gère pas une société lettrée et formée comme aujourd'hui, comme on gérait une société où la moitié de la population était reléguée à la maison, et,ou, était analphabète. Tout le monde peut prendre des responsabilités plus importantes pour mieux faire fonctionner la société et trouver des réponses aux différentes problématiques qu'elle vit.

L'altruisme politique consiste à intégrer le maximum de réalités du quotidien dans l'analyse globale du système socio-économique. Il intègre et légitimise la complexité du monde dans le processus des décisions. C'est une méthode moderne qui doit être facilitée par de vraies modifications dans le fonctionnement de notre société :

- le revenu d’existence et la refonte profonde de l'organisation du système social français

- la mise en place de la proportionnelle, du non cumul des mandats dans le temps

- la transparence de la vie des partis politiques et des institutions

- une chambre basse dont la moitié des membres serait tirée au sort

- l'intégration des fonctions politiques et publiques dans le système de sécurité sociale général

- l'exigence de la parité sociale et de genre dans l'ensemble des organisations représentatives

- l’exigence de la formation tout au long de la vie

- la déconnexion de "l’économie des besoins primaires" de la loi du marché.

- s'imposer un aggiornamento du système économique et social, tous les 30 ans

- réfléchir aussi sur le temps d'activités parce qu'il n'y pas que le travail stricto sinsu qui produit de la richesse. Et si on veut un système plus démocratique, il faut laisser aux individus le temps de s'y intéresser et de s'y investir.

- l'intégration de tous les mondes vivants et naturels dans tous les projets humains

L'écologie politique et le mouvement progressiste a déjà pas mal réfléchi sur un certain nombre de ces propositions et sur certaines modalités d'application. Il manque désormais un plan opérationnel qui doit maintenant être construit. Il y a un besoin impératif de faire se rencontrer un maximum de réalités de vie pour que celui ci soit le plus profitable. Et cela on ne peut pas le faire à 8000 personnes.

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